Géographie politique, militaire, urbaine, culturelle et sociale

 
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Les guerres au Liban

Les guerres du Liban

 

Cette proposition de séquence s'inscrit dans le programme de Terminale, dans la premième partie du programme "Un espace mondialisé". Cette approche complète la sous-partie "Autres logiques d'organisation du monde". Il s'agit de présenter l'exemple d'un conflit, au croisement entre histoire et géographie, permettant une transition entre les deux programmes. Le cas du Liban peut ainsi servir de transition entre la leçon d'histoire "A la recherche d'un nouvel ordre mondial depuis les années 1970" et la leçon de géographie "Autres logiques d'organisation du monde". 

 

 

Bibliographie sélective sur le Liban

 

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Des documents pour comprendre

 

Document n°1 : La nouvelle carte de la répartition géographique de la population libanaise

Barakat, Liliane, 1989-1990, « Lieux d’origine et zone d’accueil », Annales de Géographie, volume 10-11, Université Saint-Joseph, Beyrouth, pp. 72-77.

 

"De 1975 à 1987, le Liban a connu deux vagues de déplacements : la première qui est la plus importante par rapport au volume de personnes déplacées (39 %), se situe durant la guerre des deux ans, d’avril 1975 à novembre 1976 et divise progressivement la capitale en deux secteurs distincts, situés de part et d’autre de la rue de Damas, baptisée plus tard la « ligne verte ».

La deuxième vague (17,3 %), se situe entre 1982 et 1984. Plus communément appelée la guerre de la montagne, elle va vider les cazas [divisions administratives du type départements] d’Aaley et du Chouf de 63 % de ses habitants chrétiens. A la même période dans la partie occidentale da la capitale, des combats violents vont opposer les diverses factions musulmanes et aboutir à la domination du Mouvement Amal, provoquant également des déplacements intra-beyrouthins. […]

Les plus importants [foyers de départ] sont situés au Liban Sud, où 13 % de la population s’est déplacée à plusieurs reprises. Le Sud du Liban représente encore aujourd’hui, un véritable puzzle composé des derniers combattants palestiniens, de factions paramilitaires relevant de partis différents et d’armées étrangères qui se partagent un territoire aux frontières mouvantes selon les affrontements. […]

Aujourd’hui, bien que la guerre soit terminée, le problème des déplacés au Liban constitue toujours un dossier brûlant qui ne pourra être résolu dans l’immédiat parce que, quelles qu’aient été les conditions du départ, 56,6 % des chefs de ménage déplacés affirmaient en 1987 qu’il leur étaient impossible de retourner chez eux. Les autres invoquaient les difficultés qui les attendraient s’ils revenaient dans leurs milieux d’origine : l’insécurité (19,6 %), les problèmes de logement (16,4 %), etc."

 

 

Document n°2 : Les milices au Liban

Rosière, Stéphane, 2003, Géographie politique et géopolitique. Une grammaire de l'espace politique, Paris, Ellipses, p. 239.


"La guerre civile du Liban (1975-1990) a été largement le fait de milices qui représentaient soit les groupes socioculturels du pays (chrétiens maronites ou grecs orthodoxes, Druzes, chiites, sunnites, Palestiniens), soit des partis politiques à l'intérieur de ceux-ci (deux milices chiites par exemple : Amal et le Hezbollah) ou des partis ethniquement mixtes (nationalistes, socialistes). Le désarmement des milices a été un des points névralgiques des accords de Taëf qui, en 1990, ont mis fin à la guerre civile. Au printemps 1991, a eu lieu l'annonce officielle de leur désarmement. L'opération a concerné non seulement les milices nationales mais aussi les groupes armés étrangers : pasdarans iraniens, fedayins (combattants) palestiniens. Seul le Hezbollah en a été exclu parce qu'il continue à affronter l'armée israélienne au sud du pays. Le désarmement des milices a obligé l'Etat à réintégrer près de 40 000 personnes dans la vie civile, le gouvernement recrutant 6 000 anciens miliciens dans l'administration. L'armée libanaise reconstituée a aussi été une possibilité de reconversion pour les anciens combattants de la guerre civile."

 

 

Document n°3 : Le Liban-Sud dans les guerres : Guerre civile et guerre internationalisée

Laurens, Henry, 2007, « Cinquante ans de relations israélo-libanaises », dans Mermier Franck et Elisabeth Picard (sous la direction de), 2007, Liban, une guerre de 33 jours, La Découverte, Paris, pp.145-147.

"L’effondrement du pouvoir central à partir d’avril 1975 fait de la résistance palestinienne et des milices dites progressistes la force principale dans cette région. Néanmoins le mouvement politique Amal, fondé par un religieux, Moussa Sadr, et de recrutement exclusivement chiite, s’oppose de plus en plus franchement aux progressistes.

En effet, la dégradation de la situation du Liban-Sud est concomitante d’une vaste transformation sociale. Les paysans chiites s’émancipent de la direction des grands propriétaires fonciers. L’exode rural vers les grandes villes, en particulier Beyrouth, s’accompagne de l’émergence d’une nouvelle élite par le biais de la généralisation de l’accès à l’éducation. […]

Dans les premiers mois de la guerre, des affrontements violents opposent villages musulmans et villages chrétiens dans la région. Israël apporte de l’aide aux milices chrétiennes et ouvre sa frontière à leur profit.

En 1976, l’armée syrienne intervient au profit du camp dit chrétien et s’oppose aux « islamo-progressistes ». A l’automne 1976, elle se rapproche du Liban-Sud au nom du rétablissement de l’autorité de l’Etat libanais. Israël refuse l’entrée des Syriens au sud en édictant une « ligne rouge ». […]

En 1978, c’est le renversement des alliances au Liban, la Syrie soutenant maintenant, tout en cherchant à leur imposer son contrôle, les forces « palestino-progressistes » contre les « chrétiens conservateurs ». Les attaques palestiniennes reprennent sur le territoire libanais. […]

Selon les estimations les plus raisonnables, les pertes civiles libanaises et palestiniennes, du fait essentiellement de l’armée israélienne, s’élèvent à 19 000 morts en 1982. […] Une vaste zone occupée s’étend jusqu’à Beyrouth, particulièrement vulnérable aux actions de la guérilla, essentiellement libanaise. En 1985, le repli israélien s’opère sur une zone dite « de sécurité » représentant environ 8 % du territoire libanais, qu’elle évacuera finalement en 2000."

 

 

Document n°4 : La Bekaa, espace convoité par de nombreux acteurs

Bennafla, Karine, 2007, « La Bekaa (Liban) : un espace géostratégique », Mappemonde.

"La surabondance des symboles et des signes iconographiques dans l’espace est révélatrice de la dimension stratégique de la Bekaa, disputée et convoitée par une kyrielle d’acteurs politiques qui cherchent à afficher leur présence, même si celle-ci n’est pas toujours avérée sur le terrain. Jusqu’au retrait militaire syrien (printemps 2005), de nombreux marqueurs (barrages, camps militaires, statues ou portraits de dirigeants syriens) soulignaient le brouillage de souveraineté et la dilution de la frontière d’État dans la région. Le remplacement de ces objets syriens par des indicateurs « libanais » est un mode d’affirmation d’une identité nationale retrouvée, d’une aspiration à la justice et à la vérité concernant l’assassinat de l’ancien premier ministre mais il manifeste aussi l’influence de partis politiques locaux établis sur une base confessionnelle, notamment le Hezbollah, solidement implanté dans les zones septentrionales chiites. Renvoyant à des luttes d’influence étrangère, la présence d’une signalétique américaine est à mettre en balance avec celle du Hezbollah (considéré comme parti «terroriste» par Washington) et avec les actions de développement rural de l’Union européenne, concurrentes de celles financées par l’Agence américaine de développement (USAID). Si la Bekaa est une zone d’affrontements feutrés entre partis politiques locaux, entre puissances étrangères, entre clans politiques syriens, elle est aussi un espace de confrontations entre groupes communautaires. À l’image du territoire libanais, la région est un ensemble disparate, régulièrement ébranlé par des tensions internes."

 

 

Document n°5 : Le contrôle des eaux

Blanc, Pierre, 2007, « L’enjeu hydropolitique au cœur des relations israélo-libanaise », dans Mermier Franck et Elisabeth Picard (sous la direction de), 2007, Liban, une guerre de 33 jours, La Découverte, Paris, pp.154-157.

"La question des ressources foncières et hydrauliques a été au cœur de la création des Etats libanais et israélien, l’eau et la terre étant perçues alors comme deux éléments déterminants de la souveraineté. […]

Le Litani est le plus grand fleuve libanais. […] En dépit du fait qu’il coule intégralement au pays du Cèdre [le Liban], il n’est pas soustrait  pour autant aux visées géopolitiques d’Israël qui en a freiné les aménagements par l’Etat libanais. […]

L’occupation du Liban-Sud par Israël devait empêcher les aménagements hydrauliques libanais dans la zone. Outre des transferts de terre arable vers Israël, l’Etat hébreu allait être accusé par le Liban de vouloir convoyer les eaux du Litani vers son territoire. De fait, un projet de canal souterrain reliant le village libanais de Deir Mimas à la plaine de Houleh a bien existé.

Depuis l’évacuation du Sud par Israël en 2000, le Liban envisage à nouveau de valoriser les eaux du Litani. Cependant, le fort endettement réduit les capacités de financement de son équipement hydraulique […]. Et la destruction par l’armée israélienne, pendant le conflit de l’été 2006, d’une partie du « canal 900 » [les canaux ne sont pas nommés mais numérotés] située au sud de la Bekaa n’est pas pour faciliter l’utilisation du Litani à des fins agricoles."

 

 

Document n°6 : Typologie du déplacé par la guerre au Liban

Barakat, Liliane, 1989-1990, « Lieux d’origine et zone d’accueil », Annales de Géographie, volume 10-11, Université Saint-Joseph, Beyrouth, pp. 70-72.

 

"Treize années d'une guerre complexe aux rebondissements multiples, l'effritement d'une capitale et d'un pays en entier ont terrorisé des civils libanais désarmés, ayant le malheur d'être chrétiens ou musulmans, les poussant à se déplacer afin de se réfugier dans des lieux considérés comme plus sûrs.

Ainsi, de 1975 à 1987, 18,5 % de la population libanaise s'est déplacée et n'est plus retournée à son lieu d'origine. Nous distinguerons dans cet ensemble deux types de déplacés : le Libanais contraint au déplacement, le Libanais forcé au déplacement.


 

Le Libanais contraint au déplacement
Il s'agit de la personne qui a été contrainte au déplacement pour des raisons de sécurité : l'exposition au danger du lieu de résidence est citée comme étant la raison principale (34,2 % de la population enquêtée) alors que l'hostilité Aïn el-Mreissé, militaire (11,2 %) ou politique (10,1 %) ne représentent qu'un pourcentage relativement faible des réponses.

Les déplacements ne sont pas nécessairement commandés par les facteurs confessionnels ; ils s'inscrivent de manière continue dans l'espace et dans le temps, de 1975 à 1987. Ces mouvements internes s'effectuent essentiellement pendant les périodes de paix relative régnant alors dans différents lieux du pays.

Dans le cas de personnes contraintes au déplacement pour des raisons de sécurité, il s'agit d'un déplacement peu hâtif et non spontané. Le départ est souvent longuement réfléchi et préparé ainsi que le choix du futur lieu de résidence.

Ces mouvements, par leur ampleur, ont modifié la carte de la répartition confessionnelle de la population libanaise en renforçant progressivement l'homogénéité de certaines régions.


 

Le Libanais forcé au déplacement
C'est la personne forcée au déplacement sous une menace directe (44,5 %), dans des conditions souvent dramatiques. Ces départs s'effectuent pendant les « rounds » de violence qui éclatent un peu partout, à différentes époques, sur l'ensemble du territoire libanais.Ce second type de déplacement est un phénomène plus ponctuel dans le temps et dans l'espace. Il est spontané parce que commandé par des causes politico-confessionnelles. Ce mouvement interne est également celui qui a nécessité le plus d'attention de la part des organismes d'aides et des associations caritatives dans la mesure où il a fallu établir à la hâte une infrastructure d'accueil et une chaîne de solidarités destinées à l'hébergement de ces familles traumatisées et endeuillées.

Ces deux types de déplacements, ont créé quelquefois de grandes difficultés dans les régions d'accueil qui ont dû s'organiser et insérer une population à la recherche d'une vie nouvelle. Il est vrai qu'au moment de l'enquête, certaines personnes avaient quitté leur milieu d'origine depuis près de douze ans, d'autres depuis un an, elles constituent néanmoins toujours une catégorie sociale à part quelque soit aujourd'hui la situation socio-économique des personnes concernées."

 

 

Document n°7 : La répartition de la population au Liban

Atlas du Liban, 2006, Presses de l’Université Saint-Joseph, Beyrouth, p.114.

"Le Liban fait partie de ces pays où les chiffres concernant la population ne sont pas publiés. Le dernier recensement effectif de la population remonte à 1932. La population libanaise est inégalement répartie sur l’ensemble du territoire. La concertation urbaine sur le littoral et les premières pentes du Mont-Liban est très importante, résultat d’une expansion urbaine qui a débuté à la fin des années soixante et qui s’est accélérée pendant les quinze années de guerre. Ainsi, si l’on considère Beyrouth et e Mont-Liban comme une seule entité géographique, près de 70 % de la population libanaise y résident. […]

La population libanaise compte 28 % de jeunes de moins de 15 ans ; 62,2 % pour la tranche 15-64 ans, 9,8 % âgés de 65 ans et plus."

 

 

Document n°8 : Le Liban des communautés

Mutin, Georges, 2002, « Du Maghreb au Moyen-Orient, un arc de crises », La documentation photographique, n°8027, juin 2002, p. 48.


"Les communautés religieuses constituent les éléments de base de la représentation populaire et du partage du pouvoir, et fondent la distribution des principales responsabilités politiques et administratives : c'est le communautarisme politique. A tous les niveaux de la hiérarchie politique, de l'administration, de l'appareil judiciaire, dans l'armée, le critère communautaire prend le pas sur tout autre critère, sous prétexte de garantir une distribution «
.équitable » du pouvoir et des bénéfices. Avec cette construction institutionnelle, aucune minorité ne peut l'emporter. Par le système des quotas, chacune des six grandes communautés détient, en quelque sorte, un droit de veto implicite en cas de désaccord. C'est une garantie pour les communautés. Mais le système est figé : rien n'est prévu, notamment, pour une adaptation à l'évolution démographique du pays ; or, au fil des années, les chrétiens sont en perte de vitesse et les musulmans en pleine croissance démographique."

 

 

Document n°9 : Les Palestiniens du Liban, une population marginalisée

Doraï, Mohamed Kamel, 2006, Les réfugiés palestiniens au Liban. Une géographie de l'exil, CNRS Editions, Paris, pp. 15-17.

 

"Avec près de 400 000 individus, il s'agit d'une des principales communautés qui résident en dehors des frontières de la Palestine du mandat britannique, derrière la Jordanie et à égalité avec la Syrie. La communauté palestinienne qui réside au Liban est aujourd'hui l'une de celles dont l'avenir est le plus problématique. Elle a été partie prenante dans les conflits qui ont déchiré le Liban à partir de 1975 et, de ce fait, a été l'un des segments de la diaspora qui a connu la plus grande instabilité durant ces vingt-cinq dernières années.

Au Liban, une première géographie de l'exil s'esquisse à la suite de l'exode de 1948 et avec la stabilisation de la population palestinienne dans les camps et les groupements au Liban. La deuxième rupture se manifeste avec l'invasion israélienne de 1982, qui détruit l'essentiel des infrastructures palestiniennes. La Guerre des Camps (1985-1987)* achève cette entreprise, et les réfugiés palestiniens se trouvent marginalisés sur la scène socio-politique libanaise. La troisième rupture survient à la suite des accords d'Oslo, en 1993, qui marquent le recentrage de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) sur les territoires palestiniens et la marginalisation croissante de la diaspora. Ces ruptures, génératrices de mobilité, ont remodelé la géographie palestinienne.

Les réfugiés du Liban se trouvent aujourd'hui marginalisés dans leur société d'accueil. Leurs spécificités, et l'urgence de trouver une solution durable à leur situation, ont d'ailleurs été soulignées par les délégations israéliennes et palestiniennes lors des négociations de Taba en janvier 2001. Cette communauté, parce qu'elle cristallise des enjeux géopolitiques tant à l'échelle régionale qu'à celle de leur pays d'accueil, est un champ d'investigation privilégié qui permet de soulever de nombreuses interrogations ayant trait aux rapports entre réfugiés, acteurs politiques et dynamiques spatiales. Les mobilités engendrées par les multiples recompositions de l'échiquier politique libanais et régional singularisent ces réfugiés au sein de la diaspora.

La guerre civile ainsi que les deux invasions israéliennes ont profondément marqué cette population. Elle est actuellement l'une des plus défavorisées d la diaspora. Aujourd'hui, au Liban, plus de 50 % des réfugiés résident dans les camps de l'UNRWA**. Ce taux élevé est l'un des signes de la précarité de leur installation. Autre signe révélateur de la place des réfugiés palestiniens au Liban : les contraintes juridiques auxquelles ils sont soumis les privent de nombreux droits essentiels comme l'accès au marché du travail. Paradoxalement, pendant plus de dix ans, de 1969 à 1982, les Palestiniens ont connu dans ce pays une liberté d'action que nul autre Etat d'accueil ne leur a donné, ce qui leur a permis d'inscrire de façon prononcée leur présence dans certains espaces, comme celui des camps."

 

 

* La Guerre des Camps oppose les palestiniens à la milice chiite libanaise Amal et se solde par le blocus et la destruction partielle de certains camps à Beyrouth et à Tyr.

**
Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient, créé en 1949 par l'ONU pour venir en aide aux réfugiés palestiniens installés en Jordanie, Syrie, Liban, Cisjordanie et Gaza.

 

 

 

Document n°10 : L'impact de la guerre sur le vivre ensemble*

Kanafani-Zahar, Aïda, 2004, Liban : le vivre ensemble. Hsoun, 1994-2000, Librairie Geuthner, Paris, pp. 20-22.

 

"Une revitalisation du sentiment religieux, accompagnée parfois de cloisonnement communautaire, est une expression de l'après-guerre au Liban. […]


Il nous semble néanmoins essentiel [d'] aborder la question de la reconstitution du lien social entre les communautés frappées par la violence. […] Il n'est pas possible de faire l'impasse sur le déplacement forcé des chrétiens et les massacres de druzes et de chrétiens dans certaines régions du Mont-Liban où, aussi ancré était-il, le vivre ensemble druzo-chrétien n'a pas empêché les pires exactions d'être commises. Des « voisins se sont entre-tués », ces mêmes voisins qui avaient construit leurs liens en gérant leur différence au quotidien. La participation aux fêtes, aux rites de passage, notamment celui de la mort, le partage du « pain et du sel »créent des liens très forts, comme le dit ce villageois : « Avant la guerre des sentiments de fraternité et d'affection nous liaient. Nous nous hâtions à leurs voix et ils se hâtaient à nos voix. Nous portions des vœux à leurs fêtes et ils venaient nous apporter les leurs à l'occasion de nos fêtes. Les mariages, les soirées étaient communs ainsi que les rencontres aux clubs […]. Nous ne savions pas qui avait quelle religion. Nous étions les enfants d'un même village […]. Nous accourrions au secours les uns des autres, ne distinguant pas le chrétien du druze. Nous étions une seule personne au village […] ».

Les habitants d'un même village communiaient à plus d'un niveau, mais leur «.communion.» n'a pas servi de bouclier aux violences. Les villageois non touchés par les massacres et les disparitions des proches […] sont prêts à « tourner la page » à condition de comprendre pourquoi les fils d'un même pays, d'un même village se sont entre-tués, en d'autres termes, de comprendre pourquoi le vivre ensemble n'a pas empêché la violence. […] Les gens s'interrogent sur la reprise de la vie commune et expriment leur crainte du futur : « Avant [la guerre], ils [nos amis druzes] dormaient chez nous et nous dormions chez eux, nous célébrions les fêtes ensemble […]. A nos fêtes, ils venaient chez nous, nous préparions la "tabbûli" [salade de persil et de menthe] et nous buvions un verre ; et à leurs fêtes nous allions chez eux. Nous étions dans la meilleure "nicmi" [manne], contents, jusqu'aux événements, et tout a basculé. Est-ce possible ? » ; « Des questions me hantent. Pourquoi est-ce arrivé ? La vie en commun reprendra-t-elle ? Est-il possible de vivre ensemble comme si rien ne s'était passé ? J'ai peur du lendemain ». Dans les villages où des massacres ont été perpétrés, le traumatisme de la population est très profond. Par exemple, un villageois druze qui perdit sa famille : « J'avais sept ans. J'ai perdu ma mère, mon père et ma grand-mère en un seul jour. Nous sommes partis d'une façon que je n'oublierai jamais. Nous étions enfants […]. Il n'y eut aucune prise de considération des sentiments des gens âgés ni des enfants […] Jamais je n'oublierai ces douleurs […]. La haine se développe en nous pour des personnes qui n'ont rien fait […] » et une femme chrétienne ayant perdu son frère dans un massacre : « La vie en commun est un mensonge, celui qui frappe oublie, celui qui est frappé n'oublie pas ». Elle ne souhaite pas revenir au village quand la réconciliation sera scellée, ne souhaite pas y être enterrée, ce qui pour un villageois est la forme la plus forte d'exprimer son rejet du village, terre des ancêtres.

A la fin de la guerre, des réconciliations entre les chrétiens déplacés en 1983 et les druzes du Mont Liban ont été organisés sous le parrainage du ministère des Déplacés créé en 1992. La réconciliation vise à arrêter le cycle des représailles entre les parties « séparées par le sang ». […] La réconciliation permet d'arrêter la vengeance, et dans certains cas, de rétablir le lien social entre les villageois par la mise en œuvre de dispositifs de gestion de la différence, comme la participation aux rites de passage. Elle doit cependant être associée à un travail de mémoire axé sur les causes de la guerre et ses conséquences pour que, comme le dit le dicton libanais et que les villageois reprennent souvent, « la guerre soit rappelée et non répétée ».

A vouloir présenter les différences entre musulmans et chrétiens libanais comme majeures et radicales, – deux religions déterminant deux entités séparées et des cultures bien distinctes –, on prend le risque d'écarter le patrimoine commun qu'ils partagent et de négliger les possibilités d'aménagement qu'entreprennent les croyants des deux religions vivant ensemble et de passer, de cette façon, à côté d'une multitude de liens communs forgés au quotidien. […] Le vivre ensemble n'est pas synonyme d'une vague tolérance de « l'autre », mais qu'il implique des actions délibérées et des démarches volontaires de la part des acteurs à l'occasion de certains événements religieux."

 

* Hsoun est un village peuplé d'environ 1 650 habitants en 2000, dans lequel la sociologue Aïda Kanafani-Zahar a effectué ses recherches pour cet ouvrage. Le village est situé au Mont-Liban, à une quarantaine de kilomètres au Nord de Beyrouth. Il est habité par des chrétiens maronites et des musulmans chiites.

 

 

Document n°11 : Stigmates de la guerre civile et instabilité politique

Vignal, Leila, 2007, « Pour une économie fragile, un coût exorbitant », dans Mermier Franck et Elisabeth Picard (sous la direction de), 2007, Liban, une guerre de 33 jours, La Découverte, Paris, pp. 31-32.

"En 1991, au sortir de la guerre civile, le pays est économiquement exsangue. L'investissement privé a atteint son niveau le plus bas, le secteur public s'est effondré, l'inflation est de l'ordre de 120 % par an. Le pays renoue avec la croissance grâce à la reconstruction et son volet immobilier, et à l'activité renaissante du secteur financier. De 1992 à 1997, ces deux secteurs d'activité tirent les taux de croissance du pays aux alentours de 6 % à 7 % par an. La croissance ralentit à partir de 1997 (2 % à 3 % de moyenne entre 1997 et 2005), mais, quinze ans après la fin de la guerre civile, la richesse intérieure aura été quintuplée : en 2005, le PIB par habitant avoisine ainsi les 5 000 dollars ; en parité de pouvoir d'achat, le PNB par habitant atteint 5 480 dollars. Au cours de la même période, l'inflation est maîtrisée : en 2005, elle se maintenait aux alentours de 1
.%.

Cependant, cette économie de l'après-guerre est fragile et, avec le ralentissement du rythme de l'activité de la reconstruction à partir de la fin des années 1990, l'importance des déséquilibres macro-économiques se fait jour. D'une part, le rythme de la croissance est en grande partie soutenu par la consommation intérieure, elle-même alimentée par les transferts par les transferts massifs de la diaspora, estimés à quelques 5,2 milliards de dollars en 2004. D'autre part, la reconstruction s'est faite au prix d'un endettement massif de l'Etat, qui atteint environ 38 milliards de dollars à la fin 2005, soit 170 % du PIB, auxquels il faut ajouter environ 10 milliards de dollars d'arriérés. Par ailleurs, le chômage de masse s'installe, aux alentours de 11,5 % de la population active en 2001, selon des statistiques officielles qui sous-estiment le phénomène. Les conséquences de ce chômage de masse sont d'autant plus lourdes qu'il affecte une population dont le taux d'activité, de l'ordre de 35 %, compte parmi les plus faibles des pays du pourtour méditerranéen. Cette tendance suscite l'émigration de travail, temporaire mais, le plus souvent, définitive pour ceux qui le peuvent. Le mouvement de fuite des compétences, entamé lors de la guerre civile, se perpétue donc. Il est alimenté par le fait que les jeunes de moins de vingt ans, qui représentent plus de la moitié de la population totale, se trouvent confrontés à un marché du travail officiel bloqué, alors que le niveau général de formation au Liban est l'un des meilleurs du monde arabe, et que l'enseignement supérieur libanais forme une partie significative des élites de la région.

La volatilité de la croissance rend compte de la fragilité de l'économie libanaise : elle est en légère récession dans les années 1999-2000, redémarre timidement à partir de 2001, atteint 4,9 % en 2003 et 6 % en 2004, et s'effondre entre 0 % et 1 % en 2005. Pourtant, les prévisions pour 2005 annonçaient une poursuite de l'embellie, avec une croissance de l'ordre de 5 %. L'instabilité politique a eu raison de cet optimiste : après l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri en février 2005, suivi du retrait de l'armée syrienne et de la tenue des élections législatives, l'activité s'effondre pour ne reprendre, timidement, qu'à l'automne."

 

 

Document n°12 : La situation politique et économique intérieure au Liban

Balanche, Fabrice, 2007, « Le Liban, la triste réalité d'un Etat tampon », Les Cafés géographiques.

 
"
Depuis deux ans et l’attentat contre Rafiq Hariri, beaucoup d’évènements ont secoué lé Liban : retrait de la Syrie en avril 2005, attaque israélienne en juillet 2006, instabilité politique chronique, problèmes entre la coalition gouvernementale de Fouad Signora, musulman sunnite, le Hezbollah, parti chiite, et le Courant Patriotique Libre de Michel Aoun, parti laïc mais à majorité chrétienne. […]

Le clivage n’est pas seulement communautaire mais politique. Ces divisions créent un terreau favorable au développement des influences de la Syrie, de l’Arabie Saoudite, de l’Iran mais aussi des USA et de la France. Car le Liban est un État tampon, un no man’s land entre deux puissances qui sert à les neutraliser. Ainsi fut la Belgique en 1829, l’Afghanistan au XIXème entre la Russie et l’Angleterre.

Le Liban est un État tampon entre les puissances régionales et les grandes puissances qui y règlent leurs différents.

Le Liban est un petit territoire de 10 000 km², soit l’équivalent de l’Alsace, avec 4 millions d’habitants, dont 200 000 Palestiniens, 500 000 étrangers. Il ne faut pas oublier les 10 millions de Libanais de la diaspora qui depuis le XIXème ont quitté leur pays d’origine. 3 à 4 millions d’entre eux se sentent encore libanais. C’est en 1920 que la France, qui gère la « grande Syrie » sous mandat de la SDN décide de créer un État multicommunautaire pour abriter les fortes minorités chrétiennes. Les Chrétiens sont moins nombreux aujourd’hui, ils ne représentent plus qu’un tiers de la population. Ils ont moins d’enfants, émigrent plus et leur part a diminué. Cependant, aucun recensement n’ayant eu lieu depuis 1932, le nombre de députés reste établi au prorata des communautés, à dominante chrétienne au départ. Aujourd’hui, les Chrétiens disposent de la moitié des sièges de députés ce qui n’a plus de sens vu leur poids démographique. Cela joue aussi pour les cadres de l’administration et les fonctionnaires dont la répartition s’effectue selon des critères communautaires informels. C’est toujours un Arménien qui dirige la Direction des statistiques par exemple.

Les Musulmans sont répartis entre 33% de Chiites, 28% de Sunnites, 5 % de Druzes, 0,5% d’Alaouites. Les Chrétiens s’estiment lésés depuis 1989 par les accords de Taëf : ils n’ont plus que 50 % de députés au lieu de 60% et le Premier Ministre sunnite a plus de pouvoir que le Président chrétien maronite.

Dans les communautés, il n’y a pas de blocs unis. Elles sont divisées en clans, en familles : les Gemayel, les Frangié, les Mawad ... chez les Maronites sont en concurrence les unes avec les autres. De nouveaux acteurs apparaissent et se font la guerre entre eux : Samir Geagea et Michel Aoun par exemple. Geagea a combattu les Frangié maronites aussi ! Walid Joumblatt est en concurrence pour le contrôle des Druzes avec la famille Arslan qui est du coté de l’opposition. […]

De 1945 à 1975, le Liban était « la Suisse du Moyen-Orient ». Un pays prospère, libéral, un paradis fiscal, le lieu de placement des capitaux de tous les pays alentours soumis à des régimes « socialistes ». L’Égypte, l’Irak, la Syrie sont des régimes dirigistes, au socialisme affiché, gouverné par une petite bourgeoisie rurale montée au pouvoir via l’armée et qui élimine la grande bourgeoisie et les grands féodaux : le parti Baas de Saddam en est un bon exemple. Face à ces pays en construction, riche, stable et libéral, le Liban est un petit paradis dans les années 60. Pour les pays pétroliers qui commencent à gagner de l’argent, le Liban dispose des infrastructures dont ils sont dépourvus. Lors du pèlerinage à la Mecque, les pèlerins changeaient de l’argent à Djeddah ou la Mecque contre la monnaie locale que les Saoudiens échangeaient à Beyrouth contre des dollars. L’aéroport de Beyrouth était une escale obligatoire au Moyen Orient, son port était la porte d’entrée du Moyen-Orient.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le port de Beyrouth a un médiocre trafic de 6 millions de tonnes alors que Djeddah dépasse les 100 millions aujourd’hui. La capitalisation boursière de Dubaï est des dizaines de fois supérieure à celle Beyrouth qui a perdu son statut, brisée par la guerre civile de 1975.

Rafic Hariri, soutenu par l’Arabie saoudite et les Syriens, avait lancé une politique de reconstruction du Liban pour que Beyrouth retrouve sa place d’avant guerre. Il avait misé sur une paix durable (accords de Madrid, accords d’Oslo) et espérait l’évacuation d’Israël et de la Syrie du Liban. Il voulait attirer les capitaux de la diaspora libanaise. Cependant, à part la souveraineté obtenue en 2005, il a échoué. Le centre ville est ludique et attractif, les banques et les services financiers sont revenus mais le reste du pays a été abandonné. Une société privée, Solidère, qui appartient à Hariri à travers plusieurs hommes de paille, a reconstruit Beyrouth en retirant des bénéfices substantiels, l’État se chargeant des infrastructures : les autoroutes et l’aéroport. […]

On atteint la limite de cette politique aujourd’hui. Le pays souffre de coupures d’électricité, l’eau est souvent non potable, l’éducation et la santé sont désormais privées. La corruption, la gabegie, la mauvaise gestion sont les normes du Liban actuel. Pour résorber ces tares, le gouvernement au pouvoir annonce une cure d’austérité quand les manifestants réclament du travail et des services publics car ils n’arrivent simplement plus à vivre dans ce pays. On atteint la limite de la politique d’Hariri : le tourisme est volatil avec la succession de crises politiques, la richesse concentrée à Beyrouth a creusé les écarts entre la capitale et le reste du Liban. La destruction des classes moyennes est évidente, ils sont coincés entre une minorité de très riches, environ 10% de la population et une masse de très pauvres, victimes du clientélisme ou de l’intégrisme."

 

 

Document n°13 : La guerre de 2006 : des conséquences dramatiques

Verdeil, Eric, 2007, « Le bilan des destructions », dans Mermier Franck et Elisabeth Picard (sous la direction de), 2007, Liban, une guerre de 33 jours, La Découverte, Paris, p. 29.

 
"Les conséquences des destructions et des dommages de la « guerre des trente-trois jours » sont lourdes et multiformes. Elles ont replongé le pays dans la gestion de l'urgence et dans les chantiers de reconstruction, alors qu'il envisageait de se consacrer à de nouvelles priorités. D'un point de vue financier, le seul coût des destructions d'infrastructures lors de la guerre israélienne de 2006 est l'équivalent d'un cinquième environ des investissements de la reconstruction suite à la guerre civile. Le nombre de logements endommagés (130 000) est à comparer aux 220 000 dans le même état en 1991. Le coût estimé des dégâts aux immeubles d'habitation se rapproche des sommes consacrées à la politique du retour des déplacés (environ 3 milliards de dollars entre 1993 et 2002).

L'économie nationale a été durement touchée. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) estimait à 10 ou 15 milliards de dollars le manque à gagner en raison de l'arrêt complet de l'activité et de la disparition du tourisme. Le conflit a provoqué une vague de plus de 200 000 départs, dont une partie risque d'être définitive.

Mais si l'ensemble de la population a été touché par le ralentissement économique et la mise hors d'état par l'armée israélienne de certaines infrastructures, il est certain que les habitants du Sud, de la banlieue sud de Beyrouth, et à un degré moindre de la Bekaa, ont subi le plus directement les effets de la guerre. Dans les années à venir, l'Etat libanais devra gérer la tension entre des objectifs nationaux de remise en fonctionnement des infrastructures et de l'économie et la prise en compte des besoins spécifiques de la communauté chiite. Dans l'immédiat, il faut réhabiliter et reconstruire les secteurs détruits et, à moyen terme, il faudra offrir des signes symboliques d'intégration et des perspectives de développement économique et social pour les régions déshéritées. Leur isolement et leur délaissement par l'Etat, réels ou imaginés, expliquent en effet en partie la confiance qu'a pu capitaliser le Hezbollah dans cette frange de la population. Dès la fin des hostilités, ce dernier a commencé à offrir des aides et des indemnités aux victimes, alors que la mobilisation de l'Etat est beaucoup plus lente. L'Etat libanais joue ici sa légitimité, mais sa marge de manœuvre dans cette nouvelle reconstruction se heurtera très vite aux contraintes financières liées au fardeau de sa dette, qui le placeront tôt ou tard face à des choix douloureux."

 

Document n°14 : Le Liban : un "petit" pays ?

Saint-Prot, Charles, 2004, « Géopolitique d'un très vieux pays.», Etudes géopolitiques, n°1, p. 33.

"Avec une superficie de 10 452 kilomètres carrés, une population autochtone d'un peu moins de trois millions et demi d'habitants*, un territoire en grande partie montagneux à l'exception d'une mince bande côtière, d'une partie du Sud et de la fertile plaine de la Bekaa, bordant la chaîne de l'Anti-Liban qui forme la frontière avec la Syrie, le Liban pourrait être considéré comme un « petit pays » si l'on tenait aux seuls critères du monde moderne qui ne considèrent que la quantité et le nombre. Ce serait oublier l'aspect très particulier de ce pays."

* Il faut ajouter environ un million de non-Libanais (Syriens, Palestiniens…). En revanche, la diaspora libanaise représente environ 8 millions d'individus (les deux Amériques, Afrique, France, Europe, Australie). Les grandes vagues d'émigration ont surtout suivi les conflits qui ont ravagé le pays (1860, Première Guerre mondiale, événements de 1958, guerre civile de 1975-1990) ou les périodes de crises économiques.

 

Document n°15 : Un éclatement continu

Kassir, Samir, 1994, La guerre du Liban. De la dissension nationale au conflit régional, Karthala-CERMOC, Paris-Beyrouth, pp. 488-489.

"Une première grande tendance peut être discernée, au niveau sociétal, dans l'approfondissement des effets de la division nationale. En 1976, le Liban était apparu méconnaissable par rapport à ce qu'il avait été avant la guerre. Il l'était encore plus au début de 1982. Certes, l'Etat, réduit à une expression nominale en 1976, avait recouvré ses capacités de gestion, sauf en matière de maintien de l'ordre. Mais l'image d'une unité institutionnelle qu'il projetait n'effaçait pas la réalité de la division. Les apparences de normalités retrouvées, loin de consolider les tendances centripètes, confirmaient le caractère irrémédiable de la séparation qu'illustraient les transformations de la géographie urbaine du Liban central. Chez les chrétiens, l'existence d'une configuration quasi-institutionnelle, l'Etat-dans-l'Etat […], confortait la tendance de la population à se percevoir comme une société à part entière définie par sa seule identité communautaire, ce qui se traduisit par la généralisation de l'expression « société chrétienne ». En revanche, chez les musulmans, et surtout chez les chiites, l'identité communautaire, qui bénéficiait de l'effacement de la gauche, se reformulait dans le sens d'un ralliement à l'Etat. Cependant, avec la compartimentation du territoire, l'idée d'une vie nationale commune devenait une abstraction, au mieux une espérance.

La deuxième grande tendance est perceptible dans la secondarisation déjà signalée des facteurs internes. Cette mutation avait été favorisée par les résultats de l'intervention syrienne et par la solution arabe décidée à Riyad, puis par le jeu israélien au Sud-Liban. Elle fut consacrée par l'affaiblissement qui affecta les acteurs de la politique interne, à l'exception du Front libanais […]. De l'action des facteurs externes sur une situation interne originellement déséquilibrée et rendue encore plus instable par vingt mois de guerre et par l'aggravation de la division nationale, s'est ainsi alimentée la récurrence de la guerre et, par là, l'incessante reproduction de la «.crise libanaise ». Cette crise s'était matérialisée, après 1976, dans un noyau conflictuel formé par le triangle de relations libano-syro-palestiniennes et par l'engagement, direct et indirect, d'Israël. Mais ce fut surtout après l'amorce du processus de paix séparée entre l'Egypte et Israël que se cristallisa la nouvelle «.crise libanaise », avec une redéfinition des relations syro-palestiniennes (dans le sens d'une alliance renouvelée, fût-elle toujours conflictuelle) et des relations syro-libanaises (dans le sens d'un antagonisme), en même temps qu'avec une généralisation de la guerre israélo-palestinienne au Sud et une polarisation implicite de la scène libanaise par Israël et la Syrie."

 

Document n°16 : Litiges frontaliers avec la Syrie

Verdeil, Eric, « Récents litiges frontaliers entre Syrie et Liban.», Mappemonde.

 

 

 

"Plusieurs litiges frontaliers entre Syrie et Liban sont apparus à la suite du retrait israélien du Liban Sud (2000), puis à l'occasion du retrait de l'armée syrienne en 2005. Ces problèmes sont une illustration concrète des difficultés du Liban à cerner les limites de son territoire.

Les fermes de Shebaa

Le problème de Shebaa a émergé dans l’actualité géopolitique au moment du retrait israélien (mai 2000). Il s’agit d’une région quasiment déserte, située sur la retombée méridionale du Jabal al-Sheikh, plus connue sous le nom biblique de mont Hermon. Lorsque l’armée israélienne s’est retirée jusqu’à la ligne bleue délimitée par l’ONU, la zone des fermes de Shebaa (25 km2) n'a pas fait partie du périmètre évacué. Pour Israël, il s’agissait d’un territoire occupé en 1967. De surcroît, les cartes des armées libanaise comme syrienne la situaient en Syrie. Pourtant, l’État libanais et le Hezbollah ont immédiatement revendiqué cette zone. La Syrie a d’ailleurs toujours soutenu, oralement, cette demande. Mais en l’absence d’un accord bilatéral explicite, la situation a été considérée par l’ONU comme suffisamment floue pour qu’il ne soit pas fait droit à la revendication libanaise.

 

En réalité, l’affaire de Shebaa est ancienne et a fait l’objet de nombreuses discussions entre la Syrie et le Liban dans les années 1950 et 1960. Alors que la Syrie affirmait sa souveraineté sur cette zone, le Liban mettait en avant le fait que les terres relevaient du village de Shebaa. Un chercheur israélien qui a eu accès aux archives du Mandat français signale des erreurs et des négligences du Service cartographique de l’armée française qui expliqueraient que les tracés établis à l’époque excluent les fermes de Shebaa du territoire libanais. Cependant, en l’absence d’un bornage établi par une commission et approuvé par les deux parties, jamais un accord officiel n’a mis un terme au litige. Et, de ce fait, le problème de Shebaa a refait surface après 2000. La conséquence directe de ce dernier épisode a été le maintien d’un front actif entre le Hezbollah et Israël, ce qui a été interprété comme une manœuvre de la Syrie pour maintenir la pression au Liban alors que le retrait israélien lui ôtait un argument de poids.


 

Deir al-Achayer, Kfarqouq… et les autres ?

Au début du mois de mai 2005, au lendemain du retrait syrien du Liban, deux problèmes comparables ont émergé dans un autre secteur frontalier, dans le caza de Rachaya. Cette région du versant oriental de l’Anti-Liban, sèche, peu peuplée, où de nombreuses routes finissent en pistes cahotantes, est compartimentée par une succession de chaînons aux altitudes comprises entre 1 300 et 1 700 m. L’armée syrienne est demeurée dans un hameau proche du village de Deir al- Achayer. À Kfarqouq, des villageois se sont plaints qu’elle serait restée dans plusieurs lieux-dits dépendant de la localité. Le premier cas a provoqué une polémique au Liban. Le gouvernement avait promis de régler très rapidement la question, avant d’en rabattre en constatant que la commission libano-syrienne chargée de l’affaire validait plutôt la position syrienne.

 

Il n’a pas, en revanche, réagi officiellement au sujet de Kfarqouq (L’Orient-Le Jour, 2 mai 2005, 4 mai 2005, 11 mai 2005; The Daily Star, 4 mai 2005; Entretien avec N. Miqati, Premier ministre, Le Monde, le 2 mai 2005). Le 23 mai, la mission de vérification de l’ONU a certifié le retrait syrien, sauf dans le cas litigieux de Deir al-Achayer. Kfarqouq n’est pas mentionné dans son rapport.

 

De fait, les tracés frontaliers sur les cartes officielles syriennes et libanaises présentent, dans le détail, nombre de divergences.

·        Dans le secteur de Deir al-Achyer, plusieurs zones litigieuses apparaissent. Au lieu-dit Mazraat Deir al-Achayer sur la carte syrienne, nommé Mazraat al-Selsilla sur les cartes du cadastre libanais, le tracé syrien de la frontière effectue un rentrant de plusieurs kilomètres dans ce que la carte libanaise considère comme partie du territoire national. D’autres incongruités apparaissent comme la route entre Masnaa et Damas qui semble, sur les cartes officielles libanaises, quitter le territoire libanais, puis y repasser lorsqu’elle emprunte la gorge du Wadi al-Karn. Selon une carte de M.F. Davie (2004), un accord libano-syrien aurait attribué au Liban la zone des fermes de Deir al-Achayer avant 1975. Sur les cartes datant du Mandat français, le tracé frontalier attribue la zone au Liban. Les éditions successives des cartes syriennes au 1/750 000 montrent que la modification dans le tracé de la frontière au niveau de Deir al-Achyer s’est produite entre 1971 et 1981.

·        À Kfarqouq, les cartes syriennes et libanaises, du moins les éditions consultées pour cette note, sont d’accord sur le tracé frontalier, et la raison de la présence syrienne n’est pas éclaircie au moment où j’écris. L’absence d’accord bilatéral sur le tracé frontalier explique cette situation d’incertitude, reproduite au fil des années sur les cartes officielles des deux pays. L’étonnant est que la question n’émerge qu’aujourd’hui dans le débat.

 

En effet, les sources libanaises elles-mêmes sont divergentes quant au tracé de la frontière. Une équipe franco-libanaise cherchant à établir une base de données des circonscriptions foncières (CF) libanaises a abouti à la mise en évidence de plusieurs types de divergences entre les cartes topographiques et les documents cadastraux. Ainsi, à plusieurs endroits, le tracé frontalier établi à partir des cartes topographiques libanaises déborde les limites officielles des circonscriptions foncières. Inversement, dans quelques cas, les circonscriptions libanaises semblent déborder de la frontière. Par ailleurs, le cadastre a lui-même classé certaines zones comme litigieuses, ce qui signifie que les juges fonciers ne sont pas parvenus à déterminer de quelles circonscriptions foncières elles dépendent.

 

Certains tracés peuvent d’ailleurs concerner deux localités libanaises, d’autres faire l’objet d’un litige entre une localité syrienne et une localité libanaise. Ainsi en est-il justement, selon cette source, de la zone Mazraat Deir al-Achayer (les fermes de Deir al-Achayer), où des Libanais comme des Syriens détiennent des titres de propriété comme syriens détiennent des titres de propriété. D’autres litiges pourraient ainsi survenir dans l’avenir, comme l’indique le journaliste Nicholas Blanford (The Daily Star, 4 mai 2005).

 

De tels litiges sont fréquents dans la région, et elle n’en a pas le monopole. Ils sont souvent un héritage des reconfigurations territoriales de l’époque coloniale mais aussi des processus antagonistes de construction nationale. Leur résolution passe par la mise en place de commissions mixtes, chargées de définir un tracé commun, et suppose une forte volonté politique d’apaisement. C’est ainsi que cette année même, la Syrie et la Jordanie ont conclu un accord pour mettre fin à un empiétement de 125 km2 de la Syrie en territoire jordanien (The Daily Star, 1er octobre 2004 et 1er mars 2005). La question des litiges frontaliers entre le Liban et la Syrie est donc l’occasion de voir dans quelle mesure les deux Etats entendent normaliser leurs relations, au lendemain du retrait syrien du pays du Cèdre."

 

 

 

Document n°17 : Litiges frontaliers avec Israël

Jaber, Mounzer et Hana, 2007, « Le Liban-Sud occupé (1978-2000) », dans Mermier Franck et Elisabeth Picard (sous la direction de), 2007, Liban, une guerre de 33 jours, La Découverte, Paris, pp.148-153.

 

"Après 1949, la ligne d'armistice libano-israélienne se confirme comme nouvelle délimitation des frontières. Le tracé est effectué le 27 janvier 1951, consacrant ainsi une situation de fait qui marque une pause dans la stratégie de découpage et d'annexion, et ce jusqu'en 1967. En 1967, Israël s'adjoint les fameuses « fermes de Chebaa » et s'engage à nouveau dans une politique d'extension territoriale qui, dans les années 1970, se traduit par la mise en place de postes militaires sur le territoire libanais. En 1978, Israël pénètre plus en profondeur dans le sud du Liban et y établit une zone dite « de sécurité ». Cette occupation dure jusqu'au 25 mai 2000, tandis qu'Israël annexe, par une politique de grignotage, une superficie de 25 à 30 km² le long de la frontière. […]

 

La stratégie d'occupation directe commence avec le retrait partiel de l'armée israélienne du territoire libanais, précisément le 10 juin 1985, autrement dit trois ans après l'opération militaire baptisée Paix en Galilée, engagée le 6 juin 1982 et qui a mené les forces israéliennes aux portes de Beyrouth. Israël a gardé sous son contrôle près de 1 200 km², soit l'équivalent de 10 % du territoire de la République libanaise. Dans un premier temps, Israël affirme que cette bande frontalière est aux mains de l'Armée du Liban-Sud (ALS) seule. L'Armée du Liban-Sud est une milice armée, financée et entraînée par Israël. Avec l'armée israélienne, elle s'impose à une population majoritairement chiite au prix de combats et diverses opérations meurtrières dont des civils paient souvent le prix. Israël va jusqu'à organiser des centres de détention et d'interrogatoire, comme à Bint Jbeil, au camp d'Ansar ou à la prison de Khiam (ouverte en 1985). Les opposants politiques ou combattants armés libanais y sont internés, interrogés, et même torturés. Face à cette politique d'occupation, les forces de résistance libanaise se structurent et se renforcent. Une véritable guérilla se déroule sous les yeux de la FINUL [Force intérimaire des Nations Unies au Liban], bien souvent impuissante ou prise entre les deux feux.

Toutefois, la mort de deux soldats israéliens le 5 août 1985 dans le village de Majdal Selem, puis la prise en otage de deux autres soldats israéliens le 17 février 1986 dans le village de Beit Yahoun, constituent une preuve indéniable de la présence de l'armée de l'Etat hébreu dans ce territoire qu'il considère comme sa « zone de sécurité ». Aussi Israël se trouve-t-il contraint de reconnaître, ouvertement et devant la communauté internationale, sa présence durable sur une partie du territoire national libanais, à travers un stationnement militaire fixe de ses troupes. Se trouve ainsi confirmée une nouvelle équation, celle posée par le commandement de la région nord d'Israël peu de temps avant la mort des deux soldats, à savoir qu'il est impossible d'établir une zone de sécurité sans une présence durable sur place.

Elle durera jusqu'au retrait israélien survenu à l'aube du 25 mai 2000. Mise en échec par les forces de la résistance libanaise, principalement les miliciens du Hezbollah, démoralisée par la perte de près d'un millier d'hommes sur le territoire libanais, harcelée par les mouvements pacifistes israéliens, l'armée israélienne s'est repliée unilatéralement, entraînant avec elle quelques centaines de membres de l'ALS. La « ligne bleue » – frontière provisoire tracée par les forces de l'ONU au lendemain de ce retrait – suscite quatre réserves de la part des autorités officielles libanaises, qui portent sur les communes de Rmeich, Udayseh et Metulla, ainsi que sur la région des fermes de Chebaa.

 

Hormis environ cinq cents militaires et cinq cents membres des forces de sécurité intérieure, et les 2 000 hommes de la FINUL, cette bande frontalière libérée est désormais contrôlée par les forces du Hezbollah. C'est une région dépeuplée, gravement sous-développée et parsemée de mines, dont Israël ne livre la carte des emplacements ni au gouvernement de Beyrouth ni à l'ONU."

 

 

Document n°18 : Les enjeux de la réconciliation des communautés

Dupuy, Emmanuel, 2006, « Mutations géopolitiques et socio-économiques au Liban. Une instabilité chronique ? », Géostratégiques, n°93, juillet 2006, pp.143-144.

 

"Le risque d’un démantèlement comme pendant la guerre civile n’est pas à exclure. Phénomène qui verrait l’effacement symbolique de la mémoire de la coexistence entre les 18 communautés qui composent le pays (dont 40% de chrétiens, majoritairement maronites – 600 000 en tenant compte également de près de 500 000 grecs catholiques et orthodoxes et 60 % de musulmans – composé pour quasiment part égale entre 800 000 chiites, 720 000 sunnites et 350 000 druzes).

Sur le plan social, le changement hérité de la guerre est la disparition de la classe moyenne et d’une certaine culture académique au profit – de plus en plus – des nouveaux riches, moins enclins à l’enseignement de type francophone traditionnel (comme en témoigne la concurrence entre université de Saint-Joseph et écoles de commerces anglophones) et enrichis grâce à la reconstruction et l’ouverture « relative mais certaine » du marché immobilier et de l’image internationale que Beyrouth reconstruite se donnait d’elle, notamment en direction des investissements étrangers, en particulier ceux venus du Golfe persique.

Aussi voit-on les chrétiens, après avoir défendu un discours nationaliste avec les chiites, s’être rapprochés des druzes lors du printemps de Beyrouth, ce qui peut sembler quelque peu incongru, eu égard aux aigreurs héritées de la guerre et du combat fratricide au sujet de la région des montagnes du Chouf, au Sud-Est de Beyrouth en 1983 (relent de celles ayant déjà opposé les maronites aux druzes en 1842-1843 et en 1860).

C’est dans ce contexte évolutif que les mots prophétiques de Gébrane Tuéni, assassiné le 12 décembre dernier, résonnent ainsi en écho à cette absurde réalité de la vie politique libanaise « entre l’ombre et la lumière, il y a les mots ». La politique a ainsi une logique interne parfois incohérente… Le sentiment d’appartenance nationale, quelque peu exacerbé par les années de guerre civile, semble pour l’instant l’emporter sur la tendance au repli communautaire. Le relatif consensus pour appeler à la modération dans l’affaire des caricatures de Mahomet et les appels au calme intra-communautaires pour juguler les tentatives « extérieures.» de manipulation de la rue devant le consulat danois à Beyrouth en témoignent.

Les germes de la guerre existaient bien avant son déclenchement; ainsi peut-être sommes-nous dans cette période de calme avant la tempête."

 

Document n°19 : Répartition des principaux groupes confessionnels au Liban

GUILLOT, Fabien, site "Géographie sociale et politique".

 

 

Document n°20 :

 

 

Document n°21 :

 

 

Document n°22 :

 

 

Document n°23 :

 

 

Document n°24 :

 

 

 


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