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Les drogues en Afghanistan

Les drogues en Afghanistan

 

Bibliographie sélective sur l'Afghanistan
Bibliographie sélective sur la géographie politique des drogues
Des documents pour comprendre
Documents proposés
Schéma de synthèse

 

 
Un cas "classique" dans l'étude de la géographie de la drogue : entre production, trafic/transport, et consommation. Un exemple qui permet d'appréhender plusieurs thématiques du programme de géographie de 3ème ou de Seconde : géographie politique du monde, Etats et frontières, mondialisation. En effet, la mondialisation ne concerne pas seulement les échanges légaux, mais affecte également les échanges illégaux, qui sont même favorisés par cette restructuration progressive de l'espace mondial. Aborder cette thématique permet également de faire le point sur l'Afghanistan et de faire un lien entre histoire et géographie, en mettant en valeur les 3 guerres successives qui s'inscrivent dans des logiques totalement différentes :

La guerre d'invasion (1979-1989) : entrée des troupes soviétiques en Afghanistan pour maintenir par la force militaire le nouveau régime communiste afghan (coup d'Etat de 1978) => l'Afghanistan devient une zone tampon entre les deux blocs qui s'affrontent par pays interposés du temps de la Guerre froide.

La guerre civile (années 1990) : L'Afghanistan est détruit et déstabilisé par les années de guerre contre l'URSS. Le pays - qui a été soutenu par les Etats-Unis et le Pakistan pendant la guerre d'invasion - est laissé seul face aux défis de la reconstruction. Les déchirures internes et les luttes de pouvoir vont "basculer" en guerre civile. 

La guerre contre les talibans (depuis 2001) : L'Afghanistan connaît une nouvelle phase dans la succession des guerres avec l'arrivée d'une coalition menée par les Etats-Unis contre le régime taliban qui soutient le réseau terroriste Al-Qaïda et son chef Ben Laden.

 

 

Bibliographie sélective
sur l'Afghanistan

 

 

 

Bibliographie sélective sur la
géographie politique des drogues

 

 

 

Des documents pour comprndre 

 

 

Document n°1 : Aperçu de l'économie de la drogue dans le monde

Chauprade, Aymeric, 2007, Géopolitique. Constantes et changements dans l'histoire, Ellipses, Paris, 3ème édition, p. 846. 

"Estimé par Interpol à environ trois cents milliards de dollars, soit dix fois plus que le commerce des armes, et comptant pour le double des revenus de l'O.P.E.P., le narcotrafic génère une économie mondiale et une capitalisation afférente. Pour les seuls Etats-Unis, le chiffre d'affaires annuel du crime organisé – qui comprend essentiellement la drogue, mais aussi le jeu, la prostitution, le racket sur les entreprises et les commerces – dépasse les 300 milliards de francs, soit 1,1 % du P.N.B. américain. Les économies russe et japonaise sont aussi largement touchées par le commerce illicite et les capitaux infectés par l'argent provenant des organisations criminelles transnationales. Certains experts financiers estiment ainsi que la récession brutale qu'a connue la bourse de Tokyo en 1989 – soit une chute de 60 % en quelques mois – s'explique par le retrait brutal des capitaux du crime et leur report sur d'autres marchés, sans doute dans le but de sanctionner les autorités japonaises.

 

Cette économie souterraine qui pèse pour certains Etats beaucoup plus que l'économie légale, constitue un phénomène économique important. Les stratégies de blanchiment de l'argent de la drogue sont complexes – empilage de sociétés écrans – et permettent une insertion croissante dans l'économie légale. Economie de la drogue et économie légale sont ainsi de plus en plus décloisonnées."

 

 

 

Document n°2 : Drogue et conflits en Afghanistan

 

Lafargue, François, 2003, Opium, Pétrole & Islamisme. La triade du crime en Afghanistan, Ellipses, Collection référence Géopolitique, pp. 21-23.

 

"A la fin des années 90, l'Afghanistan occupait une place centrale dans l'organisation et la culture de produits stupéfiants. A ce moment-là, la culture de l'opium représentait environ 10 % du PNB afghan. Ce qui, avec une production de 3 300 tonnes d'opium en 1998 plaçait le pays en tête des pays producteurs devant la Birmanie. […]. Avant l'invasion soviétique, la culture de l'opium du pavot (dont est extrait l'opium) était peu répandue et avait surtout un usage thérapeutique. Les paysans pendant la guerre ont été encouragés à s'adonner à des activités plus rentables. De surcroît, la destruction des canaux d'irrigation les empêchait de poursuivre leurs cultures traditionnelles. Au moment du départ des soldats soviétiques, la production d'opium atteignait 1 000 à 1 500 tonnes par an. En quelques années, ce chiffre sera multiplié par trois, car les moujahidin verront dans cette activité un moyen de financement après la suspension de l'aide américaine. […]

 

Soucieux de sortir de leur ghetto et convaincus par le montant de l'aide internationale, les talibans se sont engagés au début de l'année 2000, à éradiquer les cultures de pavot, qui représenteraient les deux tiers de la production mondiale. Depuis les récoltes auraient été divisées par deux en Afghanistan. Mais la lutte contre la culture de stupéfiants permet de justifier les représailles et les exactions envers les populations rebelles tels que les chiites Hazaras."

 

 

 

Document n°3 : Les grands axes de pénétration de l'héroïne en Europe

 

Labrousse, Alain, 2005, Afghanistan. Opium de guerre, opium de paix, Éditions Mille et une nuits, pp. 220-223.

 

"Il existe plusieurs grands itinéraires de pénétration de l'héroïne en Europe de l'Ouest qui, parfois, peuvent s'imbriquer. L'un d'entre eux correspond aux routes du nord. Il emprunte les territoires des pays de l'Asie centrale, du Caucase, de la Russie, de l'Ukraine, de la Pologne et enfin de l'Allemagne. De là, l'héroïne peut être acheminée, plus à l'ouest, jusqu'au Royaume-Uni, en combinant route terrestre et route maritime, via les Pays-Bas et la Belgique.

 

Les routes les plus importantes cependant sont encore celles des Balkans et leurs prolongements, terrestres notamment. La plus classique part de la Turquie et, via la Bulgarie, la Roumanie parfois, l'ex-Yougoslavie, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, mène en Autriche et en Allemagne. Elle connaît bien des variantes. Par exemple, plus au sud, une autre route conduit aussi, via les pays de l'ex-Yougoslavie et l'Albanie, soit en Italie, soit en Slovénie, et tissent-ils, depuis Istanbul et via l'espace albanophone notamment (Albanie, Macédoine, Kosovo), mais aussi via l'Italie ou l'Autriche, au cœur même de l'espace de Schengen.

 

A cela s'ajoutent des routes qui prolongent celles des Balkans, par le nord. L'une va de la Roumanie à la Moldavie et à l'Ukraine. Une autre, après avoir traversé la mer Noire, rejoint, via la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie et la République tchèque, celle qui provient de la CEI. Il est aussi une route maritime méditerranéenne qui part de la Turquie, mène en Italie et/ou en Espagne et, de là, jusqu'au Royaume-Uni, voire aux Etats-Unis ou au Canada.

 

L'abolition des frontières à l'intérieur de l'espace européen visant à permettre la libre circulation des personnes et des marchandises, même si elle avait été anticipée par la criminalité organisée, est de nature à rendre les contrôles plus difficiles. Les saisies se font aujourd'hui soit aux frontières extérieures de l'espace européen, soit le long des routes des différents pays grâce aux efforts de coopération que ceux-ci ont développés et qui se sont notamment traduits par a création d'Europol. Tout au long de ces routes, les solidarités ethniques transfrontalières sont un des éléments qui favorisent le trafic. Du producteur au consommateur, les routes sont divisées en segments plus ou moins longs, chacun contrôlé par des trafiquants de différentes nationalités qui s'appuient sur des ressortissants de chaque pays traversé. Même les conflits régionaux, dans les Balkans par exemple, n'ont pu empêcher l'établissement de relations d'affaires entre groupes de trafiquants issus de communautés que les événements politico-militaire opposaient par ailleurs. Les communautés linguistiques et familiales, voire claniques, mais aussi d'autres solidarités, telles que celles qui existent au sein de certaines diasporas, assurent un niveau élevé de sécurité aux réseaux du trafic et les protègent efficacement contre les tentatives d'infiltration des autorités étatiques. Le trafic se fait donc par le biais de réseaux transnationaux qui utilisent tous les moyens disponibles pour arriver à leurs fins : des plus archaïques (violence physique) aux plus sophistiqués (en termes de communication notamment)."

 

 

Document n°4 : La drogue, outil de légitimation du pouvoir en Afghanistan

Dombrowsky, Patrick, et Piernas, Simone, 2005, Géopolitique du nouvel Afghanistan, Ellipses, Paris, pp. 58-59.

 

"Dès novembre 1996, peu après leur prise du pouvoir, les taleban avaient condamné l'usage et la production de drogue, affichant ainsi leur volonté de se soumettre aux obligations liées à la signature, par l'Afghanistan, de la Convention des Nations unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988. Mais de ces déclarations à une prise d'initiatives effective, le pas était encore à franchir.

De manière générale, leur conquête militaire au nord du pays a relégué au second plan la problématique des drogues. Comme l'a souligné Abdul Rashid, directeur du service de contrôle des drogues à Kandahar, il était impossible d'éradiquer une culture qui permettait à nombre d'Afghans de subsister, sans risquer de voir l'opposition au régime croître dangereusement. durant les années 1997 et 1998, il est en effet établi que le pavot faisait subsister près d'un million et demi de paysans. Cultiver l'opium revêtait donc un caractère impératif dans le cadre de la stabilité du pouvoir, afin d'éviter que se profile une augmentation du mécontentement de la population. Tolérer l'opium était en effet un moyen important de pallier les faiblesses originelles du nouveau régime vis-à-vis de la société afghane. Ethniquement marqués, les taleban ne représentaient en effet pas une pondération fidèle de la mosaïque ethnique afghane, même si leurs effectifs comptaient, outre les Pachtouns, quelques Baloutches et Tadjiks. En outre, dans un pays où la hiérarchie sociale est traditionnellement fondée sur l'expérience et le tissu relationnel conférés par l'âge, le fait que les centres de pouvoir soient investis par des hommes souvent jeunes et qui plus est dénués d'ancrages locaux n'allait pas de soi. L'absence de répression sur la culture de l'opium a donc contribué à ce que les paysans se soient effectivement sentis redevables envers le nouveau régime pour la sécurité retrouvée.

Lors de la phase de conquête du pouvoir, l'opium était également un impératif car il contribuait au financement des opérations militaires. Le nouveau régime, en effet, ne bénéficiait pas de ressources considérables. Or, sur un budget de 80,8 millions d'euros, plus de la moitié était consacrée à l'effort de guerre. Dans ce contexte, toutes les ressources aisément disponibles avaient un attrait certain pour le mouvement : de nombreux récits de pillages de villages, en vue de revendre les biens accaparés, ont été rapportés, malgré la volonté initiale des taleban de mettre fin aux prédations liées à la guerre. Une fois fermement installés au pouvoir, en 2000, les taleban ont néanmoins décidé de prohiber toute production d'opium sur l'ensemble du territoire afghan qu'ils contrôlaient. Appliquée avec une rigueur particulièrement répressive, cette décision fit chuter la production afghane de pavot de 90 % en 2001. L'intervention américaine, qui mit fin au régime, n'a pas permis de se rendre compte si cette conversion du gouvernement des taleban à la prohibition était réellement durable. Dès 2002, profitant de la crise politique liée à la mise en place du nouveau pouvoir, la production nationale a renoué avec les taux considérables de la fin des années 1990.

Au vu de l'actuelle configuration du pays, le poids de l'opium ne s'est pas amoindri. Selon les estimations de l'ODCCP, les revenus tirés de cette culture permettent à près de 10 % de la population, soit 2,3 millions d'individus, de subvenir à leurs besoins. Dans les régions productrices, il semblerait qu'entre 12 et 14 % de la population rurale dépendent de ces cultures illicites. Or, vue l'économie exsangue dont est doté le pays, une éradication pourrait à nouveau s'avérer contre-productive. En effet, il ne faut pas oublier que, faute de moyens, et comme l'a justement rappelé le président Karzai lors de la Conférence de Köningswinter, la culture du pavot est certes un fléau, mais il faut bien que les paysans trouvent de quoi vivre… Point de vue relayé par plusieurs observateurs, pour lesquels en l'absence d'aide internationale suffisante, l'opium a l'avantage de financer la reconstruction des campagnes. Or, l'œuvre de reconstruction est la tâche primordiale sur laquelle sera jugé le gouvernement de M. Karzai et dont dépend l'assise de sa légitimité nationale."

 

 

Document n°5 : Le salaire des guerres en Afghanistan

 

Observatoire géopolitique des drogues, 1997, Atlas mondial des drogues, PUF, Paris, 2ème édition (1ère édition 1996), pp. 152-153.

 

"Avant la prise de pouvoir par les communistes en 1979 et la guerre qui s'ensuivit, le pavot n'est cultivé que dans moins d'une demi-douzaine des 25 provinces afghanes, en particulier le Nangahar, le Kandahar, le Balkh et le Badakhshan. L'opium est largement utilisé dans la pharmacopée paysanne et son usage en tant que stupéfiant socialement contrôlé. En particulier dans les régions isolées comme le Badakhshan, les autres sous-produits du pavot ont divers usages : les graines donnent de l'huile de cuisson et du savon ; les tiges, de la teinture végétale ; la paille, de l'aliment pour bétail. Seule une faible fraction de la production annuelle afghane d'opium – 200 à 400 tonnes – est exportée en Iran et Turquie, pour être fumée ou transformée en héroïne. L'héroïne en provenance d'Iran fait son apparition à Kaboul au milieu des années 1970 mais sur une échelle extrêmement limitée.


L'influence de la guerre (1979-1991)

Dix ans de guerre ont provoqué une extension considérable des productions, moins à cause des besoins en armes des moudjahidin, que de l'absence de contrôle du territoire par un gouvernement central. Les opposants au régime de Kaboul reçoivent en effet des quantités d'armes si considérables qu'ils n'ont pas besoin de l'argent de l'opium pour s'en procurer. Un économiste pakistanais a calculé par exemple qu'au milieu des années 1980 l'aide des Etats-Unis et des organisations internationales s'est élevée en moyenne à 300 millions de dollars annuels, tandis que la vente de l'opium ne rapporte que 21 millions de dollars aux paysans producteurs.

Mais les contrebandiers ont pu développer sans entraves leurs activités. Et les paysans, dont les superficies cultivables se sont rétrécies du fait de la guerre et du bombardement systématique des récoltes par l'aviation gouvernementale, sont poussés à s'adonner à une culture plus rentable. Dans un deuxième temps, les commandants moudjahidin comprennent l'intérêt d'exercer un contrôle sur la production et la commercialisation de l'opium. En 1988, la production se situe vraisemblablement entre 1 000 et 1 500 tonnes. A partir du moment où les gouvernementaux se replient dans les villes, en 1988, que les Soviétiques se retirent du pays, en 1989, et qu'un nouveau gouvernement islamique s'installe à Kaboul en 1992, la production explose.

Les causes de cette évolution sont d'abord économiques. Dans les régions d'où se sont retirés les Russes et les gouvernementaux, les paysans peuvent recommencer à cultiver. Mais la destruction des infrastructures, en particulier des canaux d'irrigation et des réseaux de puits traditionnels, les karèz, fait que le pavot, culture peu exigeante, présente des avantages incomparables. Surtout, à partir de 1989, des réfugiés commencent à rentrer du Pakistan où trois millions d'entre eux se trouvaient dans des camps, pour récupérer leurs terres. D'autres quittent également l'Iran pour se réinstaller dans le sud du pays.

 

Le retour des réfugiés

Depuis 1992, les retours ont pris un caractère massif. Les Nations unies, qui encouragent ce mouvement en donnant 130 dollars et 300 kilos de blé à ceux qui rendent leur carte de réfugié, estiment qu'à la fin de l'année 1994 plus d'un million et demi d'entre eux sont rentrés du Pakistan. En dépit des violents conflits dont Kaboul est le théâtre, les retours se poursuivent, bien qu'à un rythme beaucoup plus lent. D'autre part, 500 000 habitants de la capitale gagnent les régions rurales où la situation est en général beaucoup plus sûre. Dans un pays dévasté par la guerre, et dont les pays occidentaux se désintéressent depuis qu'il n'est plus le théâtre d'un affrontement Est-Ouest, beaucoup de ces réfugiés sont certainement tentés de cultiver le pavot. Il est remarquable en particulier qu'un nombre important des 700 000 réfugiés qui sont retournés dans l'est du pays, soient revenus dans la région du Nangahar, une des principales zones de production d'opium.

Une autre cause de l'explosion des productions est la volonté d'un certain nombre de commandants de se prémunir, à partir de janvier 1992, contre l'arrêt de livraison d'armes de la part des Etats-Unis, annoncé à l'automne 1991. D'une façon générale, la tendance à la tribalisation du pays, depuis la chute du pouvoir communiste, renforce le rôle de la culture de pavot comme moyen de l'autonomie des pouvoirs locaux.

Au printemps 1994, le PNUCID fait effectuer la première enquête de terrain exhaustive dans toutes les provinces suspectes pour évaluer la production, d'où l ressort que les cltures de pavot s'étendent sur 80 000 hectares permettant de récolter de 3 200 à 3 300 tonnes d'opium. Cette production place le pays devant la Birmanie, qui produit quant à elle entre 2 600 et 2 800 tonnes en 1993-1994. Les deux principales régions productions d'Afghanistan, avec 1 500 tonnes chacune, sont le Nangahar à l'est et l'Helmand au sud. L'Uruzgan produit 150 tonnes, le Badakhshan, 50 tonnes seulement, et d'autres provinces comme Nimroz, Zabul, etc., quelques dizaines de tonnes.

Les cultures se font en général sur les meilleures terres et les rendements moyens sont de 30 kilos d'opium « séché ». Dans la région de l'Helmand, où les cultures sont irriguées le rendement est de 45 kilos à l'hectare. Le kilo d'opium « humide » est payé aux paysans l'équivalent de 220 francs, et le « sec » 340 francs, pour les collecteurs pakistanais. La vente de la production annuelle représenterait 220 millions de dollars, à l'échelle du pays. Il convient de signaler que les évaluations des Etats-Unis, qui se fondent sur des observations par satellites de la CIA, ne dépassent pas un millier de tonnes au printemps 1994.

Le bénéfice pour les commandants locaux s'accroît également du fait qu'une part sans cesse croissante de cette production, au lieu d'être destinée aux laboratoires des zones tribales du Pakistan, est de plus en plus transformée en morphine base sur place, en Afghanistan."

 

 

Document n°6 : Avatages et désavantages de la culture du pavot

Labrousse, Alain, 2005, Afghanistan. Opium de guerre, opium de paix, Mille et une nuits, p. 31.

 

"En dépit de l'importance prise par la production d'opium, qui a quasiment retrouvé en 2004 (4.200 t) son niveau record de 1999 (4 400 t), un niveau qui s'est maintenu en 2005, il ne faudrait pas cependant se représenter le pays comme couvert de cultures de pavot. Les superficies qui lui sont consacrées (131 000 ha) ont représenté, en 2004, 1,6 % des 8,05 millions d'hectares de terres arables du pays et 2,9 % des 4,55 millions d'hectares de terres actuellement cultivées. En fait, les superficies plantées de pavot ont été beaucoup plus importantes qu'en 1999 (91 000 ha), mais de mauvaises conditions climatiques ont provoqué en 2004 une baisse considérable des rendements de l'opium à l'hectare (32 kg contre 45 kg). Dans de « bonnes conditions », la production aurait dû atteindre 5 895 tonnes. Une des raisons du faible rendement en opium, outre les aléas climatiques dans certaines régions, est qu'il n'y a pas eu, comme c'est habituel, de rotation de cultures par rapport à l'année précédente et que la récolte s'est faite très tôt, alors que le pavot n'était pas suffisamment mûr, pour éviter la répression.

Selon l'UNODC, les principales raisons que mentionnent les paysans pour cultiver le pavot sont de nature économique : la pauvreté (31 %) ; les prix élevés de l'opium (30 %) et l'accès au crédit (18 %). Elles permettent de ne pas tenir compte des motifs qu'ils auraient de ne pas le cultiver : c'est contre l'islam (24 %) ; c'est illégal (23 %) ; peur de l'éradication (17 %) ; peur des amendes et de la prison (16 %)."

 

  

 

Document n°7 : Une économie essentiellement agricole

Dupaigne, Bernard, et Rossignol, Gilles, 2002, Le carrefour afghan, Folio/Le Monde, Paris, pp. 30-31.

 

"L'Afghanistan est l'un des cinq ou six pays les plus pauvres du monde. [Pour l'année 1998, des organismes spécialisés annonçaient un PNB par habitant de l'ordre de 300 dollars. Compte tenu du peu de crédibilité des statistiques concernant l'Afghanistan, et de la situation politique qui prévalait alors, ce chiffre n'avait pas grande signification. L'extrême pauvreté générale demeure, hélas, incontestable]. L'essentiel de la population vit de l'agriculture et de l'élevage et se procure d'indispensables revenus complémentaires par les produits de leurs artisanats. La « société villageoise » représenterait actuellement au moins 85 % de la population afghane.

Sur une superficie totale de 647 000 kilomètres carrés, le total des terres cultivées dans les années 1970 était, selon Louis Dupree [Dupree, Louis, 1970, Afghanistan, Princeton University Press], de l'ordre de 7,8 millions d'hectares (12 % du total)."

  

 

 

Document n°8 : Drogue et redémarrage de l'économie afghane après 2001

Haider, Habib, et Nicolas, François, 2006, Afghanistan. Reconstruction et développement, Éditions Autres Temps, pp. 184-186.

 

"La production et le commerce de l'opium constituent la principale source de richesse. L'opium est la conséquence la plus visible, à l'échelle mondiale, de la déstabilisation et de la ruine du pays par l'invasion soviétique. C'est depuis l'envahissement de l'Afghanistan par l'armée Rouge que le pays est devenu un important producteur et exportateur d'opium. Il en est devenu le premier producteur mondial avant l'arrivée des talibans au pouvoir. Tous les régimes et toutes les factions en lutte durant la guerre civile en ont profité. « La production d'opium en Afghanistan a augmenté de 65 % entre 1990 et 1993, époque à laquelle l'opium est devenu un composant essentiel de l'économie de guerre civile. Son trafic, comme sa culture, s'est organisé. Au sein des anciens groupes de la résistance, des responsables prirent en charge la logistique de ce juteux commerce. » (Allix, Stéphane, 2003, Afghanistan, aux sources de la drogue, Editions Ramsay, Paris) […]

Le pays avait déjà atteint le niveau de production de 2002, c'est-à-dire 3 400 tonnes, en 1994. Durant les neuf années de cette période les récoltes ont varié surtout en fonction des conditions climatiques et des prix de vente, mais avec deux extrêmes. Le maximum a été atteint en 1999, avec 4 565 tonnes (Union Nations Office on Drugs and Crime – UNODC, 2003, The Opium Economy in Afghanistan. An International Problem, Vienne). En 2001 il y a une chute à 185 tonnes seulement, résultant d'une mesure d'interdiction totale prise contre la culture par le gouvernement taliban, par crainte de sévères représailles internationales.

L'augmentation considérable des revenus que les agriculteurs concernés ont retiré de la production d'opium en 2002 les a aidés financièrement. Elle a rendu plus difficile l'éradication de la culture par le gouvernement depuis 2002. Cette augmentation résulte principalement de la hausse considérable des prix, depuis qu'en 2001 l'arrêt de la production avait raréfié l'approvisionnement du marché mondial. En effet, la place de premier producteur mondial occupée par l'Afghanistan depuis une dizaine d'années a eu des conséquences sur son rôle dans la formation du prix. En 1995, il représenta 50 % de la production mondiale. Ce pourcentage est monté à 79 % en 1999, et s'est situé à la hauteur de 76 % en 2002, de 87 % en 2004 (Union Nations Office on Drugs and Crime – UNODC, 2003 et 2005, The Opium Economy in Afghanistan. An International Problem, Vienne).

Les surfaces plantées en pavot ont considérablement augmenté en 2004, et malgré les mauvais rendements obtenus la production d'opium est revenue à un niveau proche du record de 1999. Cette augmentation est venue surtout de l'expansion des cultures vers des régions nouvelles : 32 provinces en 2004, au lieu de 18 en 1999 et 24 en 2002.

On considère que l'opium est d'un rapport nettement plus élevé pour les agriculteurs que les autres cultures. Il convient d'y regarder de plus près, selon les rendements obtenus et les évolutions du prix des différentes denrées. Il est de fait, d'après les enquêtes de l'UNODC, que le rendement moyen obtenu en Afghanistan a été de 46 kg à l'hectare contre 10 kg seulement en Birmanie. Dans les terres irriguées, les paysans afghans peuvent ainsi obtenir de bonnes récoltes de blé. L'un d'eau reconnaît que sur un jerib de terre il peut ainsi obtenir de 850 à 1 100 kg de blé qui lui rapportent 200 euros, au lien de 8 kg d'opium qui lui rapportent 300 euros, mais que l'opium exige beaucoup plus de travail (Allix, Stéphane, 2003, Afghanistan, aux sources de la drogue, Ramsay, Paris). Il s'agit donc d'abord d'adopter des mesures d'incitation qui ne lèseront pas les familles paysannes. Mais, beaucoup d'autres intérêts sont en jeu.

Il faut évidemment considérer l'énorme revenu total que représentent les recettes brutes de l'opium au seul niveau des agriculteurs. Au-delà, les négociants afghans eux-mêmes en tirent des revenus supplémentaires. La valeur totale que représentent les exportations de l'opium brut et de ses dérivés est estimée à 2,5 milliards de dollars.

Elle est le résultat d'une organisation complexe de réseaux et de collecteurs, revendeurs, grossistes, laboratoires, transporteurs, commerçants, qui sont naturellement tous couverts par une activité officielle de boutiquier ou d'agriculteur. Une organisation florissante qui gère des intérêts tellement puissants que le trafic a peu de chances d'être contrôlé à l'intérieur du pays."

 

 

Document n°9 : Indicateurs économiques sur l'opium en Afghanistan de 1997 à 2004

Haider, Habib, et Nicolas, François, 2006, Afghanistan. Reconstruction et développement, Éditions Autres Temps, pp. 185.

 

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

Production
(en tonnes)

2 804

2 693

4 565

3 276

185

3 422

3 600

4 200

Superficie cultivée
(en hectares)

58 416

63 674

90 983

82 171

7 606

74 045

80 000

131 000

Prix de vente à la ferme
($ par kg)

33,7

32,8

40,1

27,8

301,0

350,7

283

92

Revenu brut par hectare
(en $)

3 408

2 749

2 759

1 554

7 321

16 207

12 700

4 600

Revenu global des producteurs
(en millions de $)

119,1

175,0

251,1

127,8

55,7

1 200,1

/

/

Revenu net des producteurs
(en millions de $)

81,3

71,0

101,8

50,4

23,1

501,1

/

/

 

 

Document n°10 : Sur les routes de la drogue

Chéterian, Vicken et Rekacewicz Philippe, novembre 2001, Le Monde diplomatique.

 

 

 

Documents proposés

 

 

 

Schéma de synthèse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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