Géographie politique, militaire, urbaine, culturelle et sociale

 
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L'effet du temps et du climat sur l'action militaire dans une ville

L'effet du temps et du climat
sur l'action militaire dans les villes


 

Il existe une différence entre le climat et le temps, qui se traduit sur les échelles spatiales, et donc sur la chaîne de commandement de militaire. "Le temps et le climat, la bataille et la guerre, la tactique et la stratégie ont des relations complexes dominées par les échelles spatio-temporelles" [1]. Le temps [2] correspond à l'échelle du terrain, c'est-à-dire celle de la tactique. Le climat correspond à l'échelle du théâtre d'opérations et de la longue durée, c'est-à-dire celle de la stratégie. C'est pourquoi, deux échelles spatiales sont à distinguer : "les petits échelons de l'armée, situés dans le quotidien, sont les plus sensibles au temps. Les échelons les plus élevés sont, par contre, beaucoup plus en phase avec le climat, du fait de l'ampleur de ces espaces géographiques qu'ils embrassent et de la durée qu'impliquent les événements relevant des actions prolongées" [3]. Le milieu urbain se trouve, par conséquent, particulièrement concerné par le temps, dans sa courte durée et son espace restreint. Les actions militaires dans les villes sont le résultat de brefs instants et sont, donc, conditionnées à la fois par des variations très ponctuelles et des conditions climatiques inscrites dans la durée et dans de vastes espaces. Les militaires doivent étudier le climat dans la région où se trouve la ville dans laquelle ils interviennent (et ainsi étudier les conditions climatiques générales de Mitrovica et de Sarajevo) pour se donner une idée des difficultés et des matériels à déployer. C'est d'autant plus important dans les villes de Bosnie-Herzégovine (et, dans une moindre mesure, du Kosovo) puisque l'Armée française, sortie tout juste du contexte de la Guerre froide, n'est pas habituée à intervenir sur le continent européen, dans des conditions climatiques très diverses de celles des milieux dans lesquels elle intervient régulièrement : "l'Armée française serait encore, au moins au début des années 1990, une armée d'Afrique. Ses combattants sont peu accoutumés aux rigueurs hivernales des climats continentaux et certains de ses matériels sont peu adaptés : Vab [4] frigorifiant, tentes modulaires conçues pour des climats tempérés, modes de chauffage ayant entraîné plusieurs cas d'incendie" [5]. En effet, il est impossible d'utiliser les mêmes matériels dans des villes africaines que des villes européennes. Pourtant, les militaires français doivent concevoir leur déploiement en fonction des limitations budgétaires. Ainsi, ils disposent à Mitrovica des P4 [6] qui ont servi pendant la Guerre du Golfe. Bien que les militaires aient conscience du manque d'adaptation de ce type de matériel (les P4 sont ainsi remplies de neige pendant tout l'hiver, autant à Sarajevo qu'à Mitrovica [7]), ils doivent néanmoins s'en contenter puisqu'ils ne disposent pas d'autres matériels déployables. Néanmoins, les conditions climatiques semblent parfois négligées, comme le prouve l'inadaptation de l'équipement des fantassins déployés en Bosnie-Herzégovine qui ne possèdent alors pas de quoi faire face à l'hiver dans les conditions météorologiques rudes du climat continental de Sarajevo et de ses environs. C'est ainsi que certains militaires français apprennent à tourner en dérision des principes reposant sur la "tradition" de l'Armée française qui a favorisé depuis toujours l'entraînement du soldat, mais a amplifié le manque d'adaptation du matériel militaire français face aux conflits modernes. C'est ainsi que des unités sont parties en hiver dans les Balkans sans pouvoir recourir à des uniformes goretex qui les auraient protégés des aléas du climat balkanique (en les protégeant du froid, et en les isolant de la pluie, de la boue et de la neige) : "3 juin 1993 (.) Mise en place de l'observation mais à minuit c'est le déluge. Les soldats sont trempés car nous n'avons toujours pas de bâches. (.) 4 juin. Pour le départ de la position nous manquons de renverser un Vab tant le sol est boueux, détrempé, et (.) glissant. Le soir au retour le déluge s'abat de nouveau sur nous. Je n'ai jamais vu de pluie aussi forte et ce, pendant toute la nuit" [8]. Des difficultés nouvelles, inhérentes au climat spécifique de l'ex-Yougoslavie, se sont créées du fait de ce manque d'anticipation de l'Etat-major. Le climat est, par conséquent, un paramètre connu perturbant les opérations, mais il n'est pas toujours possible, pour les militaires, de répondre aux exigences matérielles qu'il impose sur le théâtre d'opérations.

 

De plus, les militaires, à l'échelon de la compagnie ou de la section, c'est-à-dire au niveau du déploiement dans une ville, voire dans un quartier, doivent faire face à des aléas beaucoup moins prévisibles, ceux du temps. Il ne s'agit plus de contrôler le matériel et les armes à déployer, mais de comprendre les changements réduits, dans le temps et dans l'espace, qui peuvent perturber, au quotidien, la mise en place des opérations. C'est alors qu'une mission élaborée par un chef de compagnie ou un chef de section la veille au soir peut être compromise, voire annulée, pour des raisons de brouillard ou de neige, comme c'est fréquemment le cas en hiver dans les villes de Mitrovica et de Sarajevo : "dans la poche de Bihac, le lieutenant R note en avril combien « le temps est infernalement changeant » et on retrouve de mêmes étonnements dans plusieurs écrits rédigés en Krajina ou dans le secteur de Sarajevo. Ces étonnements seraient anecdotiques s'ils ne renvoyaient pas à des sous-équipements dus à des imprévoyances ou à des insuffisances logistiques." [9]. Ces changements de temps sont à prendre en compte à la fois pas l'Armée de terre (qui peut se retrouver bloquée par la neige ou voir sa visibilité nettement diminuée du fait du brouillard) et par l'Armée de l'air (qui ne peut bombarder les villes lorsque le temps est fluctuant ou la visibilité réduite sans prendre de risques pour les populations). Le climat et le temps sont, par conséquent, deux paramètres indispensables aux opérations en milieu urbain. Le climat doit être étudié par les militaires avant et pendant leur déploiement afin d'anticiper les difficultés des missions dans les villes de Sarajevo et de Mitrovica ; tandis que le temps est un facteur imprévisible auquel le militaire doit faire face au jour en le jour en adaptant les besoins de sa mission aux changements météorologiques brusques.

 


[1] Pagney, Pierre, 2000, "Climat et Stratégie : la bataille et la guerre", Acta geograhica, n°127 (n°1497), 172e année, tome II, p. 29.

[2] Le temps est "la synthèse de l'état et des phénomènes atmosphériques ou météores, à un moment donné, tels qu'ils sont ressentis par l'homme et les êtres vivants" (George, Pierre et Fernand Verger, 2000, Dictionnaire de la géographie, 7ème édition, 1ère édition 1970, PUF, Paris, p.454).

[3] Pagney, Pierre, 2000, "Climat et Stratégie : la bataille et la guerre", Acta geograhica, n°127 (n°1497), 172e année, tome II, p. 29.

[4] Véhicule de l'avant blindé.

[5] Thiéblemont, André, 2001, Expériences opérationnelles dans l'Armée de terre, Unités de combat en Bosnie (1992-1995), tome II : "Conditions de vie, pratiques tactiques, techniques et sociales, les sentiments", novembre 2001, n°42, Editions Centre d'études en sciences sociales de la défense (C2SD), Collection Les Documents du C2SD, p. 26.

[6] c'est-à-dire le véhicule léger tout terrain Peugeot P4, appelé aussi VLTT P4. Le véhicule P4 est particulièrement utilisé pour les missions de reconnaissance et de liaison. C'est notamment ce véhicule qui, adapté de matériel GPS, sert au 28ème Groupe Géographique (Régiment de géographie et de cartographie de l'Armée de terre) dans ses missions de reconnaissance du terrain urbain et de cartographie. Néanmoins, les P4 ont été conçues pendant le contexte de Guerre froide, pour des interventions en Afrique.

[7] Ces véhicules n'étaient pas non plus réellement adaptés au milieu désertique : en effet, pendant la Guerre du Golfe, les P4 étaient remplies de sable et, de ce fait, régulièrement immobilisées (le sable bloquant les pièces).

[8] Thiéblemont, André, 2001,  Expériences opérationnelles dans l'Armée de terre, Unités de combat en Bosnie (1992-1995), novembre 2001, tome II : "conditions de vie, pratiques tactiques, techniques et sociales, les sentiments", C2SD (Centre d'Etudes en Sciences Sociales de la Défense), Ministère de la défense, Paris, p. 20.

[9] Thiéblemont, André, 2001, Expériences opérationnelles dans l'Armée de terre, Unités de combat en Bosnie (1992-1995), tome II : "Conditions de vie, pratiques tactiques, techniques et sociales, les sentiments", novembre 2001, n°42, Editions Centre d'études en sciences sociales de la défense (C2SD), Collection Les Documents du C2SD, p. 27.

 


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